20 mars 2026

Veille · 20 mars 2026

Souveraineté numérique européenne : où en sommes-nous vraiment

au 20 mars 2026 ?
Par MilévIA · Lecture ~8 min

Il y a des semaines où l'actualité numérique ressemble à un cours magistral. Celle du 14 au 20 mars 2026 en est une. Entre livres blancs ambitieux, infrastructures paneuropéennes annoncées en grande pompe et un contrat Microsoft reconduit en catimini dans les écoles françaises, la souveraineté numérique européenne s'est donnée à voir dans toute sa complexité : les avancées réelles, les angles morts persistants, et les tensions qui n'ont toujours pas été résolues.

Voici ma lecture de la semaine, sans jargon inutile, avec les questions que vous vous posez peut-être aussi.


Réglementation

1. La règle est posée. Maintenant, il faut l'appliquer.

Si vous avez suivi l'actualité réglementaire européenne ces trois dernières années, vous avez vu défiler les textes : RGPD, Data Act, DSA, DMA, NIS2, AI Act, Cyber Resilience Act… La machine législative a tourné à plein régime.

Bonne nouvelle : cette phase est terminée. La priorité européenne en 2026 n'est plus d'inventer de nouvelles règles. C'est de mettre en œuvre celles qui existent.

Le Data Act est entré en application en septembre 2025. NIS2 est effective depuis fin 2024. DORA encadre désormais la résilience opérationnelle du secteur financier. Ces textes ne sont plus des projets, ils s'appliquent à votre structure aujourd'hui, y compris si vous êtes une TPE ou un indépendant qui travaille avec des prestataires numériques.

Si vous utilisez un outil cloud non-européen pour stocker des données clients sensibles, vous êtes potentiellement concerné par des obligations de contrôle que vous ignorez peut-être encore. Ce n'est pas une menace — c'est une réalité que l'environnement réglementaire actuel rend de plus en plus impossible à ignorer.

Politique publique

2. Un Observatoire pour mesurer ce qu'on ne voulait pas voir

Le 26 janvier 2026, la France a officiellement lancé un Observatoire de la souveraineté numérique, confié au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. Sa mission : cartographier les dépendances numériques françaises pour mieux les réduire. Les premières analyses sont attendues ce printemps.

Pourquoi maintenant ? Parce que les chiffres sont accablants : 80 % des dépenses cloud européennes bénéficient à des acteurs américains. Environ 70 % des données françaises sont hébergées hors de l'Union européenne. Ces chiffres ne datent pas d'hier, ce qui est nouveau, c'est la volonté politique de les rendre opposables.

Pour les TPE et PME, ce signal est important. Il annonce que les critères de choix des outils numériques vont progressivement changer, pas demain matin, mais plus vite qu'on ne le pense.

Infrastructure

3. L'Europe construit ses propres tuyaux

EURO-3C (75 M€ via Horizon Europe) est la première infrastructure paneuropéenne intégrant télécommunications, edge computing, cloud et IA dans un modèle fédéré et sécurisé. En parallèle, Deutsche Telekom, Orange, Telefónica, TIM et Vodafone ont démontré au MWC 2026 un edge cloud fédéré européen, leurs réseaux reliés pour offrir une capacité de calcul distribuée pensée comme brique de souveraineté.

En Allemagne, une première « usine d'IA » a ouvert en février 2026 : puissance de calcul massive + respect strict des règles européennes de protection des données. Preuve que performance et souveraineté peuvent coexister.

Vous ne brancherez pas votre comptabilité sur EURO-3C demain. Mais sans tuyaux souverains, pas d'outils souverains. La fondation se construit maintenant, à horizon 3–5 ans.

Open source

4. L'open source, vraie arme ou argument marketing ?

Le livre blanc plan d'architecte pour la souveraineté numérique européenne publié par GITEX AI EUROPE / LUE cette semaine insiste sur un point souvent dévalué : l'open source est un avantage stratégique réel, pas un gadget militant.

Il garantit trois choses que les solutions propriétaires ne peuvent pas offrir : la transparence (vérifier ce que fait le logiciel), la portabilité (changer de fournisseur sans tout perdre), et l'auditabilité (contrôle par un tiers indépendant). Des outils comme Tchap ou Visio déployés pour les 2,5 millions d'agents publics français en sont l'illustration concrète.

Ce n'est pas toujours aussi ergonomique que les solutions américaines. Mais c'est traçable, auditable, et juridiquement localisable ce que Microsoft 365 ne sera jamais pour les données que vous lui confiez.

Décryptage

5. Microsoft à l'Éducation nationale : le cas d'école de l'incohérence

Pendant que le gouvernement français inaugure son Observatoire de la souveraineté numérique, le ministère de l'Éducation nationale vient de signer une prolongation de quatre ans de son contrat avec Microsoft. 2,5 millions d'agents. Des millions d'élèves. Quatre ans de plus dans l'écosystème Microsoft 365.

Les raisons sont probablement pragmatiques : continuité de service, coûts de transition, ancrage des usages. Ce sont des arguments réels. La friction de changement existe et a un coût. À cela s'ajoute un angle rarement nommé : le manque de personnel qualifié. Déployer Linux, migrer une infrastructure, former des équipes à des outils open source cela demande des compétences que la plupart des structures n'ont pas en interne. La souveraineté numérique a aussi un coût humain, pas seulement financier.

C'est exactement ce que j'appelle du greenwashing numérique : afficher la souveraineté comme priorité tout en reconduisant les dépendances qui la rendent impossible. Le signal envoyé aux éditeurs européens et aux TPE/PME qui hésitent à franchir le pas est terrible.

Enjeux

6. La vraie question posée à chaque décideur

Accepter une trajectoire de dépendance technologique de court terme, ou investir dans une liberté stratégique de long terme, en assumant les coûts de transition associés ?

Le coût de la dépendance est diffus et progressif : données soumises à des juridictions étrangères, enfermement propriétaire, exposition aux décisions unilatérales de fournisseurs qui n'ont aucun compte à vous rendre. Le coût de la transition est immédiat et visible : formation, migration, adaptation.

Dans la plupart des organisations, une mairie, une PME, un cabinet libéral, le décideur voit le coût de la transition tout de suite, et le coût de la dépendance jamais. Ou trop tard. C'est là que l'accompagnement prend son sens : rendre visibles les dépendances que l'habitude a rendues invisibles.


Ce que je retiens et ce que ça change pour vous

Cette semaine confirme que la souveraineté numérique n'est plus un sujet réservé aux DSI des grandes entreprises. Elle devient un critère de gestion courante pour toute structure qui utilise des outils numériques, c'est-à-dire tout le monde.

La question n'est pas de savoir si vous devrez un jour faire cet audit de vos dépendances numériques. C'est de savoir si vous le ferez avant ou après que la question vous soit imposée de l'extérieur.

Où en sont les dépendances numériques de votre structure ?

MilévIA accompagne les indépendants et TPE/PME dans l'audit de leurs outils et la transition vers des alternatives européennes.

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Sources : Revue hebdomadaire souveraineté numérique EU, semaine 14–20 mars 2026 · Livre blanc GITEX AI EUROPE / LUE, mars 2026 · Observatoire de la souveraineté numérique (France, janvier 2026) · Mobile World Congress 2026 · Déclaration européenne sur la souveraineté numérique (novembre 2025)

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